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Si loin du soleil, de Morgan of Glencoe

Publié le par Leussain

C'est avec une pointe de morgue - si peu - que j'ai abordé ce roman que l'on m'a "vivement conseillé"... soyeux euphémisme... "Tu vas voir, cette petite réinvente la fantasy !" Ouais, c'est ça... comme James Cameron a réinventé le cinéma avec son relief qui tue la tronche et ses lunettes qui auraient donné un air con à Einstein. Et puis si un tel auteur existait, Bragelonne lui aurait déjà déroulé le tapis rouge.
Et bien non, je m'enfonçais le doigt dans l'oeil jusqu'à l'épaule. Il faut croire que les chasseurs de tête de Bragelonne ont du caca dans les yeux. Je n'aime pas lire de la fantasy. J'adore le genre, mais je n'aime pas la très grande majorité de ce qui s'écrit. Pour un Trône de fer, il y a 9 Chevaliers d’Émeraude. Pour un Assassin Royal, il y a 20 Hunger Games.
Si loin du soleil n'est pas un roman de fantasy comme les autres. Sa principale qualité est sa profonde originalité. Cette uchronie/dystopie teintée de steampunk est purement délicieuse. Une bouffée de fraîcheur qui renverse ces bouquins sans envergure qui ne font que répéter ce qui a mieux été dit. Je soupçonne l'auteure d'avoir été fortement influencée par les jeux vidéos japonais et les mangas dont elle a su tirer le meilleur.
Longue à se mettre en place, pénible quand elle s'attarde à détailler les tenues vestimentaires des protagonistes (personnellement je me tamponne de savoir que machin porte une tenue jaune avec des froufrous roses et de la passementerie rouge), l'histoire ne cesse de gagner en ampleur pour s'achever dans un climax émotionnel qui tirera des larmes de sang aux lecteurs les plus sensibles.
A la fois rétro et furieusement moderne dans les thèmes qu'elle aborde, (comme moi dans les Versets du Dernier Soupir, elle a fait du plus noble de ses personnages un homosexuel renégat), Morgan Of Glenoe a les cartes en mains pour conférer à sa saga le caractère épique qui manque cruellement à ce premier volume (la faute à une intrigue qui tourne essentiellement autour des égouts de Paris).
Quelques coquilles subsistent çà et là mais rien qui ne freine la lecture d'un style élégant et fluide.

Publié dans critique livre

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Marges forcées

Publié le par Leussain

Jamais deux sans trois. C'est avec le plaisir qu'on se coule dans un lit bien chaud par frimas, ou dans la moiteur d'une jeune femme accorte en toutes saisons, que j'ai investi quelques heures de mon précieux temps pour dévorer... non, savourer en esthète, ce pavé d'Elen Brig Koridwen. Je te fais l'impasse sur la couverture qui fleure bon la romance mièvre et l'auteur fauché qui est allé piocher dans la banque d'images d'Amazon. Tu constates par toi-même, si tu n'as pas trop le cerveau en capilotade. Ah ! mais je dis "achtung" ! Oui, l'allemand ça fait beaucoup plus peur. Y a un côté rugueux qui arrache le palais de çui qui dit et les tympans de çui qu'écoute. Achtung ! donc : celles qui s'attendraient à du Harlequin sur mesure, à du Barbara Cartland, en seront pour leurs frais.

Marges forcées est un roman pour lecteurs exigeants, qui cherchent avant tout un style et qui n'aiment pas entrer dans un livre comme on enfile des charentaises (les chaussons, pas les natives du pays de la cagouille). Les auteurs, c'est comme les astéroïdes, il y en a beaucoup, mais peu impactent la surface de la planète, peu laissent des traces de leur passage. Je te l'accorde, la comparaison est foireuse. Mais t'as compris l'idée. En tant qu'auteur, je me suis gentiment fait asseoir et ai (hé !) pris une leçon magistrale d'écriture, tant la "technique" - que je hais ce mot - de l'auteure est impeccable, que les passages descriptifs sont fignolés et les dialogues ciselés. Peut-être est-elle parfois un peu trop prosaïque et pas assez viscérale, la môme Koridwen ; une agaçante démonstratrice, du genre "regardez ce que je sais faire !" - et l'ennui est qu'elle peut beaucoup.

Ce style flamboyant sert admirablement ce roman fleuve, genèse d'un autre roman, Zone franche, dont j'ai déjà parlé. Un vent de braise, épique, souffle sur cette histoire, cette saga exotique dont la majeure partie se déroule au Maroc, mais aussi en Israël et aux Etats-Unis. L'on découvre la rencontre guidée par le mektoub de Vic, jeune garçon débrouillard et rudoyé par l'existence, et une famille de pieds-noirs bons samaritains, et l'on suit l'itinéraire chaotique de ce personnage hors-normes sur près de 20 ans.

Disons-le sans ambages, Elen Brig Koridwen a brossé le portrait magistral d'un des personnages masculins les plus charismatiques et romantiques de la littérature moderne. Vincent Delabarre est un loup parmi les hommes, ou un vent, c'est selon, tour à tour chergui, sirocco, zéphyr ou foehn, libre est insaisissable, ce diable de garçon transformera n'importe quelle ménagère en serpillière après dégât des eaux. Qui aura lu Zone franche, saura que la relation privilégiée que ce loup soucieux de sa meute entretient avec la fille de ses bienfaiteurs, finira par se transformer en amour tumultueux. Ah ! j'en suisi presque transi d'émotion ! J'en viendrais à utiliser mes kleenex pour autre chose que m'essuyer la bite !...

Hélas, Marges forcées n'est pas exempt de défauts. Comme tant d'auteurs classiques dont celle-ci s'est sans doute nourri, EBK cède à son inclination à digresser, à dérouler du texte, certes joliment troussé, mais qui égare le lecteur. Le roman est ainsi sporadiquement traversé de longueurs - je pense à Eva et ses bourrins, par exemple. Certains personnages très intéressants, comme Maureen, le père de Vic ou Jason Kontz, font des promesses qu'ils ne tiennent pas. J'aurais voulu voir s'exercer bien plus fort la perversité de Kontz, par exemple. D'autres personnages, comme le transparent Ariel ou le reste de la Tribu, font carrément de la figuration.

Pourtant, une fois refermé (et faut foutrement forcer pour refermer une liseuse), ce roman laisse son empreinte dans l'esprit. L'empreinte au fer rouge que savent imprimer les grands livres.

Publié dans critique livre

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Selles dures et métaphore

Publié le par Leussain

Bangeourre.

La métaphore est un truc inventé par le peuple, les écrivains lui ont donné ses lettres de noblesse, mais ce sont les publicitaires qui l'ont perfectionnée. En effet ; comment vendre un médicament contre la constipation ? On ne va tout de même pas filmer un type en train de couler un bronze après avoir pris ce médicament ! Ce serait indécent !

Non, la métaphore est là.

Il suffit de mettre en scène une jeune fille, plutôt jolie ma foi. Tout de suite, comme ça, on n'imagine pas qu'elle puisse être constipée, qu'elle ait besoin de se ramollir les selles. Eh bien si, détrompe-toi ! Observe comme Dulcosoft lui débouche le sablier !

Métaphore ! Tu piges ?

Ah ! ça m'épate, ils sont forts ces marketeux, ils arrivent même à vendre des lunettes de soleil aux aveugles.

Publié dans Porte-nawak

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