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Publié le par Leussain

Bangeourre. J'ai lu ce recueil de nouvelles, dont les produits de la vente allaient aux restos du coeur. C'est du seconde main, donc je n'ai même pas la fierté d'avoir fait une bonne action et d'avoir offert trois repas à des gens dans le besoin. J'irais bien acheter le prochain album des Enfoirés, seulement voilà : y a des limites à la philanthropie. 

La quatrième couverture prétend que 13 des plus grands auteurs français actuels ont écrit 13 nouvelles sur un thème commun : le repas. Ben je vous le dis, si c'est tout ce que la littérature française est capable de produire, on est salement dans la merde. 

Ca va du bon (Eric Emmanuel Schmitt, largement gagnant de ce concours officieux, Frank Thilliez, Jean-Marie Perrier), au passable (Maxime Chattam, Pierre Lemaitre) au carrément médiocre (Bernard Werber et son Langouste Blues aussi original que la cerise dans la forêt noire..., Alexandra Lapierre et sa nouvelle qui blaire la chick-lit décérébrée). Sans surprise, les deux chouchous de la cagolle parisienne et de la ménagère préménopausée : Guillaume Musso et Marc Lévy, se disputent le titre de l'auteur de la nouvelle la plus pourrie du recueil. Je pense tout de même que Lévy, avec son allégorie naïve sur le conflit israélo-palestinien farcie de poncifs, remporte sur le fil cette compétition de nivellement par le bas. 

Voilà, je vous laisse faire ployer vos étagères avec ce genre d'ouvrages. Me concernant, je vais le refiler vite fait à quelqu'un d'autre, comme on fait avec l'herpès. 

 

Publié dans critique livre

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L'année sympathique

Publié le par Leussain

Ce matin, à 6h05, je suis sorti de prison. La prison, c'était le boulot dans lequel j'étais enfermé depuis trop longtemps et qui m'empêchait de me consacrer pleinement à ma passion: l'écriture. 
L'information qui suit va peut-être réjouir quelqu'un d'autre que moi (les quelques personnes qui ont lu tous mes livres et attendent le prochain avec impatience... si, si, y en a...) : Je suis en congé sabbatique pour une durée de onze mois. Une période où je vais pouvoir écrire huit heures par jour et vous submerger d'histoires toujours plus dingues, le but -- probablement peu réaliste -- étant de me tirer l'équivalent d'un salaire (parce qu'en congé sabbatique, on ne touche plus rien, ni chômage ni allocs). Je vise un rythme d'une nouvelle tous les quinze jours. Préparez-vous à cagnotter la monnaie des baguettes de pain.

Pour ceux qui hésiteraient encore à découvrir mes maculatures, vous pouvez d'orge et d'orgeat (Bérurier dixit) donner une petite pièce à un nécessiteux scandaleusement racketté par le grand méchant AMAZON.

Publié dans Avancement et projets

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A la John Wayne

Publié le par Leussain

Il y a quelques mois, un peu plus naïf que maintenant, j'ai participé à un de ces concours à la con qui pullulent sur internet. Je l'ai ensuite regretté, puisque cet éditeur a lancé peu après un autre concours sur la tauromachie, qui est, je le rappelle, un sport d'enculés, pratiqué par des bâtards pour des connards frustrés.

Le défi consistait à écrire une nouvelle en huit heures, et à terminer la nouvelle par le mot ricochet. C'est sûrement pas très bon, je le déplore, mais je la livre tel quel, sans retouches cosmétiques.
 

A la John Wayne

 

 

C'était Luigi qui lui avait filé l'adresse : 3 rue de la Maison Brûlée, Fresneuil. Il s'agissait d'une vieille bicoque à l'écart de la bourgade, dont les travaux de rénovation n'étaient, selon la propre expression du vidangeur de fosses septiques, « ni faits ni à faire ». Quand il avait eu fini d'aspirer dans son camion les trois mètres cubes d'eaux usées et d'excréments, Luigi avait prétexté une envie pressante pour jeter son œil toujours affûté à travers les pièces et évaluer les potentiels objets de valeur avec l'efficacité d'un expert en brocantes. Puis il s'était fait payer un café par la maîtresse de maison et avait sorti son baratin de Casanova de l'assainissement. Un vieux réflexe d'aigrefin qu'il avait conservé après être rentré dans le droit de chemin et arrêté l'héroïne.

Luigi avait certes décroché, cependant il n'avait pas de scrupules à rencarder ses vieux copains en dèche, comme l'infortuné Martial, qui n'avait même plus de quoi se payer une dose et que plus aucun fourgue dans la région ne voulait fournir à crédit. « C'est un plan safe, un minimum de risque pour un max de bénéfice », avait assuré Luigi. Il avait repéré un écran plat, un « putain d'aquarium avec des poissons comme des saphirs et des émeraudes dedans », un ordinateur portable, une micro-chaîne hi-fi, un réfrigérateur américain flambant neuf – « mais pour emmener ça, il faudrait être deux » –, mais surtout, il avait vu sur une coiffeuse, par la porte de la chambre ouverte, ce qu'il pensait être un coffret à bijoux. Toujours d'après le vidangeur, ceux que la propriétaire portait autour du cou et des poignets n'étaient pas du toc. De l'or, de l'argent, des diamants, cette femme rutilait comme une vitrine des Champs-Élysées ! Quant à ses frusques, Luigi avait l’œil, la mode ça le connaissait : du Chanel. Les pompes : du Louboutin. Il devait y en avoir plein les placards de la bourgeoise de ces jolies choses !

Dans la conversation, Luigi avait même réussi à lui faire cracher ses projets pour cette fin de semaine. Le feu aux joues, madame Denvers avait dû décliner l'invitation du bellâtre à aller boire un verre quelque part ; elle se rendait vendredi chez sa cousine de Bretagne pour y passer quelques jours. Elle s'était probablement demandé ce qu'un jeune homme, puant la merde certes, mais doté d'une mâchoire, un menton et une crinière de star de cinéma, pouvait lui trouver.

Martial essuya la sueur sur son front, malgré les dix petits degrés de ce début mai. Il lui fallait un fix, et vite, ou bien il allait finir par faire des conneries. Le réservoir de sa vieille 306 contenait juste assez d'essence pour lui permettre de rentrer chez lui. Il espérait trouver un peu de liquide chez la rombière. Ce genre de connasse avait toujours de quoi payer les calendriers, le pain, le programme TV... Mart attendit une dizaine de minutes, pour être certain que rien ne bougeait à l'intérieur. La maison était plongée dans une obscurité totale. Aucun lampadaire ne risquait de révéler la présence du cambrioleur. La plus proche habitation était à cinq cents mètres et la demeure ne se situait même pas en bord de route, sur laquelle de toute façon plus personne ne passait après vingt heures. Pas de chien, pas de système d'alarme, avait dit Luigi. Les joies de la ruralité. Il n'y avait qu'à se servir.

Martial se lança la boule au ventre. C'était la première fois qu'il faisait un casse tout seul, et avec aussi peu de préparation, en se fiant seulement aux assertions d'un ex-toxico qui n'avait pas inventé la machine à chauffer les glaçons. Martial entendait cette petite voix édifiante, fusion de celles de ses parents et de son instituteur de CM2, monsieur Germain, une voix sépulcrale qui lui disait que c'était mal de voler. C'était mal, oui, mais c'était mieux que de crever de manque.

Aucune voiture dans l'allée. Martial tourna la poignée du portail, au cas où... Il n'était pas verrouillé ! Il poussa doucement, et le battant s'ouvrit en raclant le sol de béton. Sur ce point, Luigi avait raison : ni fait ni à faire... Martial mit la main dans la poche de sa veste noire et y trouva la présence rassurante du couteau à cran d'arrêt dont il s'était muni, dans l'hypothèse où la présence d'un molosse aurait échappé à la perspicacité de Luigi.

Martial essaya d'ouvrir la porte d'entrée, mais c'eût été trop facile, elle était solidement verrouillée. Il toqua plusieurs fois sur l'huis, prêt à s'escamper au moindre bruit, dès qu'une lumière se fût allumée. Rien.

Rassuré, il entreprit de forcer le store roulant de mauvaise qualité rabattu sur une large baie vitrée. Il était deux heures du matin et tout le monde dormait. Aussi loin du bourg, il pouvait se permettre de faire un peu de bruit sans craindre de voir rappliquer une brigade de gendarmes. Une fois le volet roulant vaincu et sortit de ses rails, il glissa le pied du démonte-pneu dans le châssis de la baie vitrée et força. Le vantail en aluminium gémit, résista quelques secondes et céda dans un craquement qui parut faire l'effet d'un coup de fusil à Martial.

Il se glissa en tremblant dans l'ouverture. Il faisait bon. Une odeur de parfum flottait, ténue mais entêtante. Il préférait ne pas actionner les interrupteurs et alluma sa lampe de poche à led. Le cercle de lumière crue révéla un salon chichement meublé. Des meubles bons marchés, sans doute de fabrications suédoise. Une cuisine équipée, sobre mais fonctionnelle. Ce n'était pas la demeure d'une personne aisée. Baste ! elle était sûrement assurée contre le vol avec effraction. Il vit tout de suite l'écran plat et l'ordinateur portable dont lui avait parlé Luigi. Ça n'allait pas être facile d'emmener la télévision tout seul.

Après une rapide inspection, il grimpa à l'étage. Il n'aima pas le bruit que firent ses semelles sur les degrés de bois patinés qui dataient sans doute de la construction de la masure. L'étage comportait deux chambres, une salle de bains et des toilettes. Il urina les deux bières qu'il avait sifflées pour se donner du courage. Si Martial avait essayé d'ouvrir la porte de la salle de bains, sa vie eût été bien différente, mais il ne le fit pas et fila directement à la coiffeuse dont le miroir lui renvoyait l'éclat de sa lampe.

Il souleva le couvercle du coffret et la déception le disputa à la surprise. Ce n'étaient pas des bijoux qu'il contenait, mais toutes sortes de gadgets érotiques : lubrifiants intimes, boules de geisha, pinces à tétons, anneaux pelviens. De colère, il la renversa. Dans un tiroir de la coiffeuse, bien rangés par ordre de taille, étaient alignés une dizaine de godemichés de formes différentes. Des menottes – de véritables pinces en acier inoxydable, pas les jouets qu'achetaient les couples pour pimenter leur vie sexuelle – étaient posées sur une pile de petites culottes. La propriétaire de cette baraque n'était pas aussi coincée que Luigi voulait le croire.

Martial commençait à se sentir mal à l'aise. Il avait beau être junkie et survivre de rapines et de deals, il était toujours conditionné par l'éducation stricte et judéo-chrétienne de ses parents. Il fouilla avec hâte la chambre et s'il trouva bien quelques fringues de grands couturiers dans la penderie, il découvrit également un dressing spécialement consacré à des tenues plus aguicheuses et réservées à un usage privé. Guêpières, bustiers et caracos affriolants, ainsi que des tenues à thèmes : de l'uniforme d'infirmière à celui de policière, en passant par la robe de soirée en lycra qui ne devait laisser aucune place à l'imagination une fois revêtue.

Il ne voyait pas où et à qui il pourrait vendre tout cela. Il redescendit dans la cuisine. La faim lui tordait l'estomac, il n'avait rien avalé hormis du café et de la bière aujourd'hui. Tout son corps criait au manque, il était inutile qu'il se mît à crier famine. Il était en train de se confectionner un sandwich avec de la rosette, de la mayonnaise en tube et du pain de mie trouvé dans un placard, lorsqu'un mouvement dans la pénombre attira son regard. Il avait encore la main dans le réfrigérateur quand la balle l'atteignit en plein front.

 

Martial ouvrit les yeux et ne comprit pas tout d'abord ce qu'il vit. Sans doute n'avait-il jamais vu cet orifice d'aussi près. Ces replis charnus, cette étoile brune sise dans un sillon plus clair, mais oui, c'était un anus ! Il essaya de proférer une exclamation, mais quelque chose de mou, chaud, et humide se pressait contre sa bouche. Si ce qu'il avait juste devant les yeux était un anus, alors ce qui se frottait contre ses lèvres était...

Il se débattit ; un cliquetis métallique lui apprit qu'il était entravé aux quatre membres. Quatre membres ?... Pas seulement, car quelque chose avait avalé son pénis turgescent et s'employait à faire monter le plaisir en lui en de licencieux va-et-vient.

Il rua derechef, mais ses bras étaient menottés aux montants métalliques du lit, et ses pieds arrimés avec des liens bien tendus et serrés qui lui rentraient dans la chair et l'écorchaient à chaque mouvement. Les questions qu'il posait ne franchissaient pas le vagin qui lui écrasait le nez.

Vaincu, il attendit l'orgasme dévastateur qui le secoua et le laissa privé de toute la sève de sa jeunesse. La femme qui était sur lui descendit de sa monture. Elle devait avoir l'âge de sa mère, pas plus de quarante-deux ans. C'était une jolie brune plantureuse, aux seins lourds, au visage un peu rond et sévère. Elle avait enfilé la robe de soirée d'un genre très spécial que Martial avait vu dans le dressing coquin.

« Est-ce que je suis mort, madame ? fit Martial, les lèvres pleines d'écaillures de sécrétions séchées.

Si tu es mort, répondit la femme en jouant avec le sexe flasque du cambrioleur, ceci ne l'est pas encore.

Vous... m'avez tiré dessus ?

Avec une balle en caoutchouc. Tu as un joli hématome sur le front, mais estime-toi heureux que ce ne soit pas mon défunt mari qui t'ait accueilli. Lui avait un fusil de chasse et il n'aurait pas hésité à s'en servir.

Je suis désolé... J'ai fait une erreur. Je... Vous allez appeler la police ?

La police ? Non, bien sûr que non. Sinon je l'aurais déjà fait.

Alors vous allez me laisser repartir ?... Madame Denvers, c'est bien ça ?

Oui, et toi tu es Martial, n'est-ce pas ?

Comment vous le savez ? »

Elle sortit et éteignit la lumière.

 

 

Martial était nu et dans le noir. Par ordre décroissant d'urgence, Mart s'ennuyait et avait froid, Mart avait faim, Mart avait une sérieuse envie, un foutu besoin urgent de faire courir le dragon Héroïne dans les veines, Mart avait peur, et par-dessus tout cela, Mart devait chier et pisser.

Toute la journée, toute la nuit, il hurla, jusqu'à se briser la voix et avoir des picotements dans la gorge. Incapable de se retenir davantage, il déféqua sous lui, sur les draps. La sensation qu'il éprouva en libérant ses entrailles approchait d'une certaine façon celle que lui avait procuré l'orgasme forcé avec sa geôlière. Il devait avoir sur la figure cette expression de béatitude qu'ont les bébés et les grands-pères après avoir rempli leur couche.

Peu après, il entendit la voiture de la propriétaire qui arrivait. Quel idiot il avait été. S'il n'y avait eu aucune voiture dans l'allée, cela ne signifiait pas qu'elle n'était pas dans le garage... Madame Denvers poussa la porte et alluma la lumière. La dominatrice avait disparu au profit d'une respectable quarantenaire dont un soupçon de maquillage enjolivait le visage quelconque. Elle secoua la tête, se mordit la lèvre. « Petit garçon pas propre, je vais devoir te punir. »

Elle releva son tailleur et dévoila un carré de toison pubienne bien entretenu, dégrafa sa chemise, puis elle monta sur le lit et passa ses jambes de chaque côté de la taille de son prisonnier. Martiel ne voulait pas de ce contact, il voulait rentrer chez lui et s'injecter sa drogue en écoutant Pink Floyd ou Massive Attack, mais il n'y pouvait rien ; il se mit à bander, une érection presque aussi douloureuse que la migraine qui lui vrillait le crâne.

Madame Denvers s'empala sans fioritures. Cela leur fit mal à tous les deux, tant son puits d'amour était sec. Elle accéléra la cadence, lui pilonna littéralement le bassin de ses larges hanches de ménagère. Elle bourrait sa victime de coups, lui labourait le torse de ses ongles. Cette fois, Martial tirait sur ses menottes, mais pas pour se libérer. Il eût voulu arracher ce soutien-gorge d'un cruel vermillon et pétrir et mordiller cette poitrine à la rondeur sélénienne. Mais il était sa chose, son esclave, et il lui était interdit d'entreprendre la moindre initiative. Cette femme s'était trouvée un sex-toy autrement plus réjouissant que ses godemichés à piles électriques, et elle entendait l'user.

Martial jouit si fort qu'une petite artère se rompit dans le corps caverneux de son pénis et qu'il garda toute sa vie une petite tache rouge sur la verge.

Madame Denvers se retira, frémissante, telle l'eau prête à déborder d'une casserole. Martial releva la tête. Sa verge le lançait, et du sang mélangé aux humeurs s'étalait sur son abdomen. Était-ce le sien, ou celui de cette folle ?...

Après être sortie quelques minutes, Madame Denvers revint avec le nécessaire pour faire une toilette intime. Elle essuya le sang, les excréments, le nettoya avec une lotion qui puait la menthe – Mart détestait cette odeur depuis qu'il avait failli s'étouffer avec un bonbon à la menthe – et changea l'alèse.

« Quand je sortirai d'ici, dit Martial, je raconterai aux flics ce que vous m'avez fait.

Vraiment ? Et qui crois-tu qu'ils écouteront ? Toi le rebut de la société, ou moi la paisible veuve sans défense que tu es venu dépouiller de ses biens ?

– … Vous êtes complètement timbrée. J'ai faim, j'ai soif. J'ai froid. Et il me faut un fix.

Oui, Luigi m'a dit que tu parlerais de ça.

Luigi ? Qu'est-ce que... ?

Il t'a vendu à moi un bon prix. Et je dois dire que ça le valait. »

Elle posa un chaste baiser de chatte sur sa pommette. C'était étrange après le rodéo qui venait de se dérouler. Ce qu'elle sent bon, se dit Martial.

 

Tous les jours à la même heure, probablement après avoir fini son boulot, madame Denvers entrait dans la chambre de Mart et abusait de son corps. Selon son humeur ou son fantasme du jour, elle débarrassait ses immondices avant ou après s'être servie de lui. Martial se surprit à attendre avec impatience ces moments qui rompaient la monotonie de ces journées faites à attendre dans le clair-obscur dispensé par les persiennes.

Elle lui donnait à boire dans un biberon et le nourrissait à la petite cuillère de petits pots de bébé – cela aussi était-il un fantasme ? Il ne le sut jamais. Il avait dit qu'il avait vraiment froid, et elle avait monté le chauffage dans la chambre. N'était les menottes qui lui cisaillaient les poignets, il était plutôt bien installé. Pour lui éviter des escarres, madame Denvers plaçait des coussins sous les parties de son corps en contact avec le matelas. Mart était choyé comme il n'avait jamais été choyé depuis que sa mère était morte. Il mangeait, buvait, chiait et pissait sous lui et baisait. Avait-il jamais été aussi heureux ? Il y avait des anachorètes qui n'atteignaient jamais ce niveau de félicité, de plénitude...

Bien sûr, il y avait l'héro... Une chauve-souris vampire pendue à ses veines, qui suçait sa vie, voilà comme il voyait la substance. Le manque le tourmenta durant quatre jours. Quatre jours pendant lesquels il crut perdre la raison. Il était pris de délires, il voyait sa mère et son père s'embrasser à bouche perdue à côté de lui, il sentait des serpents s'enrouler autour de ses jambes et des bestioles avec beaucoup trop de pattes ramper sur son torse et son cou. Il entendait des phrases prononcées par des êtres chers qu'il croyait avoir oubliées. Le manque physique s'estompa le cinquième jour de sa captivité, puis disparut tout à fait. Il put enfin commencer à réfléchir à un moyen de se tirer de ce donjon.

Il élabora un plan qu'il ne mit jamais à exécution. Ce jour-là, son hôte entra dans la chambre avec le plus gros godemiché que Martial eût jamais vu. L'engin paraissait plus adapté pour les chantiers de terrassements que pour le sexe. Madame Denvers l'embrassa sur les lèvres, cette fois.

« Tu n'as plus de fièvre, on dirait.

Non. »

Martial regardait avec appréhension l'objet que sa maîtresse brandissait. Il était impossible qu'un vit de plastique si gros pénètre sans dégâts dans un trou si petit ! « Est-ce qu'on ne pourrait pas... ? supplia Martial.

Non, sinon ce ne serait pas drôle. »

Et le jeune homme souleva le bassin et aida madame Denvers à faire ce pourquoi elle était là. Et au moment où Mart relâchait un geyser de foutre digne de Yosémite et dont la crête tutoyait l'abat-jour, il ne put s'empêcher de réprimer ce qui bouillait en lui déjà depuis deux ou trois jours : « Je t'aime ! Madame Denvers ! »

 

Ces mots innocents avaient signé la fin de la récréation de Sonia Denvers. Elle alla chercher les clefs des menottes, les ouvrit, et coupa avec des ciseaux les liens aux pieds de son esclave.

« Tes vêtements sont dans la pièce d'à côté, dit-elle.

C'est tout ?

C'est tout. On t'attend sûrement.

Non... Personne.

Va-t-en. »

Elle n'avait pas dit « fous le camp ».

Alors Martial rentra chez lui dans sa 306 cabossée, moins cabossée que lui. Les jours suivants il croisa son principal fournisseur d'héro mais il ne s'arrêta pas et se contenta de le saluer d'un signe de tête. Le dealer trouva que Mart avait une bien drôle de démarche, à la John Wayne, et un bien drôle de sourire aussi. Pas un sourire de camé, le sourire d'un type perclus d'amour.

Martial trouva un travail dans un fast-food. Il mangeait, chiait, mais ne baisait plus. Les quelques filles avec qui il aurait pu coucher lui paraissaient dépourvues de saveur. Des versions édulcorées de la sienne. Il résista aussi longtemps qu'il le put, mais quand le manque fut trop fort, il n'y tint plus. Il se rendit 3 rue de la Maison Brûlée à Fresneuil. Cette fois la porte d'entrée n'était pas fermée à clef. Il alluma sa lampe de poche et alla jusqu'au réfrigérateur. Il y avait du fois gras entamé posé dans une assiette. Il mangea tout avec une demi-baguette. Comme l'attente lui devenait insoutenable, il se saisit d'une bouteille de Perrier en verre et la lâcha. Elle éclata en tessons sur la tomette.

Enfin, la silhouette gironde de la femme de son cœur navigua dans sa vision périphérique. Il tourna la tête. Madame Danvers le tenait en joue, armée de son pistolet Gomm Cogne. Elle était belle et n'avait toujours pas l'air surprise. Elle avait commandé un nouvel ensemble échancré qui lui donnait plus que jamais un air de succube.

Martial lui servit son plus beau sourire, ferma les yeux et attendit que sur son front se fît le doux bruit du ricochet.

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