Le Ténébriarque, les Versets du Dernier Soupir, chapitre 4

Publié le par Leussain

Bangeourre.

Je suis désolé pour la mise en page bancale de ces extraits. Vraiment... Ton confort de lecture n'en est-il pas trop affecté ? Ça te fait pas bobo au neuneuilles ? Peau de balle ! Si tu veux du retour à la ligne au petits oignons, t'as qu'à mettre la main à ta poche en peau de hérisson, sale fesse-Mathieu ! Là mon pote, t'as droit à la version low-cost, moins cher je peux pas ! Manquerait plus que t'ailles chialer auprès de la répression des fraudes ! Eh ! moi j'ai acheté SFV, un jeu livré en morceaux façon éditions Atlas, est-ce que tu m'entends me plaindre ? Oui ? Bon, allez, bonne lecture.

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D'abord, ils avaient tous été dubitatifs. Casérus Fasirion était réputé pour son habileté à manipuler les gens, et le Ténébriarque était un mythe dont les fondations se perdaient dans la nuit des temps, dans le Fond des Âges. S'il en avait existé, et si des sorciers en avaient fait usage, il n'en restait que de laconiques mentions dans de vieux grimoires tombant en poussière et gardés sous clé dans des donjons imprenables. Mais Casérus Fasirion était si affirmatif, si sûr de ses théories, que tous s'étaient laissés convaincre de lui prêter la magie qui lui manquait pour mener à bien son funeste projet.

Les neuf premiers jours, rien ne se passa, excepté qu'une sorte de tension électrique, comme après un coup de foudre, planait sur la montagne et dressait leurs cheveux. Les Conjurés ne s'arrêtaient de psalmodier que pour avaler une gorgée d'eau ou chiquer de la mandragore. Ils ne prenaient plus rien de solide, ni ne consommaient de vin. Selon Fasirion, le jeûne était indispensable. Ils urinaient et déféquaient dans des brocs de fer blanc qu'un serviteur apportait, ne devant bouger sous aucun prétexte du cercle runique qu'avait tracé Fasirion autour de chacun d'eux, sous peine de rompre le processus d'Invocation.

Le dixième jour, alors que le soleil était à son zénith et les frappait durement de ses rayons, le sceptre se mit à vibrer, de plus en plus fortement, jusqu'à ce qu'il devînt difficile à Fasirion de continuer à le tenir. Le Ténébriarque devint flou, ses contours brumeux, comme une image vue à travers une vitre sale ou embuée. Le lendemain à la même heure apparut, un peu au dessus du crâne d'Elfe qui coiffait le Ténébriarque, une minuscule sphère noire, un point d'obscurité absolue, pas plus grande qu'une tête d'épingle. Fasirion fit le geste convenu et les Conjurés ajoutèrent deux mots dans leur cantilène maléfique. Dès lors, la sphère continua d'enfler et, le douzième jour, elle avait atteint la taille d'un gros melon d'eau et paraissait grossir de plus en plus vite.

Casérus Fasirion leva la tête et plongea le regard dans la boule de ténèbres qui s'était formée devant lui. Par dessus un abîme de temps et d'espace, des centaines, des milliers d'yeux le regardaient également. Les Conjurés de l'Ombre avaient pratiqué une brèche dans ce monde et dans l'autre. Et cette brèche qui allait en s'élargissant allait vite être assez grande pour devenir une porte.

Nelfant, Chroniques de la Longue Nuit, 189

chapitre second : « l'Invocation de l'Ombre ».

IV. La Vierge de Tesdénite.

Rilbert fit rouler le liquide ambré sous son palais, aspirant de petites quantités d'air en d'horripilantes succions de sa propre langue, et avala le breuvage. Il marqua une pause avant de livrer ses conclusions. C'était ainsi qu'un œnophile versé dans son art appréciait le vin, avait-il prévenu.

« L'est gras, ce pinard. Y a comme une note forestière, sous sa rondeur apparente, déclara l'ivrogne, sûr de son fait. Boisée. Ouais. Boisée... Et en second palais, y a comme qui dirait des arômes fruités qui s'dégagent.

– Pas étonnant, puisque c'est du raisin. Mais encore, messire ? fit l'aubergiste, amusé par la nouvelle marotte d'un de ses meilleurs clients. Faites-nous profiter de votre expertise.

– Il y a une belle charpente, continua Rilbert sans se démonter. C'est un vin qui mériterait de vieillir encore un peu.

– Toi, tu mériterais de fermer ta gueule, le coupa sèchement Daniel Halguevair en vidant son godet d'un coup de nuque. Ce que tu peux déblatérer comme fariboles depuis que t'es revenu de la ville. »

Halguevair et Rilbert étaient les deux seuls clients présents dans l'auberge et taverne de la Halte Courtoise. Ils ne paraissaient pas vouloir se décoller du comptoir, ce qui n'était point pour déplaire à Elias, l'aubergiste. Il lui semblait parfois que l'essentiel de ses profits était généré par la consommation de ces deux ivrognes, un sentiment qui n'était pas si éloigné de la vérité.

Rilbert fourra un doigt dans une de ses narines, traqua dans ses profondeurs la « bête de nez » qui lui chatouillait la muqueuse, en fit une petite boule dont il se débarrassa d'une pichenette. Son séjour de deux semaines à Resquil-Pointe – pour affaires, disait-il, bien que personne ne sût en quoi elles consistaient exactement – n'avait aucunement arrangé ses manières.

« Là-bas, dans une taverne, j'ai observé des gens raffinés, qui boivent comme ça, par petites lampées et en s'faisant des gargarismes. Des fois, même, y n'avalent pas le pinard, ils le recrachent dans un bassinet. Oui. Ils pratiquent l’œnologie, qu'y disent. C'est une science, qu'y disent. Ils boivent pas comme nous, pour se saouler. Chaque verre, qu'y disent, est un nouvel enseignement qui vous rapproche du Tout. Alors je fais comme eux, j'm'exerce. »

Daniel Halguevair ricana. « Et ils paient pour ça ? Pour cracher au bassinet ce qu'ils boivent ?

– Sûr qu'ils paient, et dix fois plus cher que dans cette gargote ! Y en a un qui m'a tout expliqué. Il suivait une sorte de... quête, pour trouver le meilleur nectar du monde entier. Son Ambroisie, qu'y disait. D'après lui, sa quête elle était pour ainsi dire sans fin. Jusque dans les Confins il est allé goûter du vin. Mais à ce qu'y disait, les meilleurs cépages sont pas si loin, du coté de la Frusque, sur les coteaux du Travlay. Tu te rends t'y compte ? Ces tessons de frusquins, ils boivent du rouge que nous on peut qu'en rêver ! Le vin des dieux !...

– Ah tu me fatigues ! Ferme-la un peu ! maugréa Halguevair, de méchante humeur ce soir-là. Tu es allé à Resquil-Pointe, la belle affaire !... Il y a là-bas autant de marauds et de bonimenteurs que partout ailleurs en Ravelante. C'est sûrement pas un gentilhomme qu'est venu te faire la conversation. Un poivrot comme toi, oui, qu'avait la langue bien pendue, et qui a voulu se la jouer connoisseur ! »

Rilbert se renfrogna, piqué dans son orgueil, mais pénétré quelque part du sentiment que son compère n'avait point tout à fait tort. Du pouce, il fit signe à l'aubergiste de renverser le fond de la bouteille dans son godet.

« Bah, je parle à un butor, qui n'saurait dire si j'ai pissé dans son vin.

– Ça c'est parlé ! dit Halguevair en donnant un coup de poing dans l'épaule de son camarade. Elias ! ta meilleure bouteille pour mon ami ! Et un bassinet, puisqu'en tant qu'homme de goût, messire recrache désormais (il cracha lui-même un épais glaviot sur le sol de terre battue, ce dont l'aubergiste ne se formalisa pas). Il ne boit plus, il déguste, ce corbeau-là ! Il fait dans la science, c'est un savant, mais la solution est dans la bouteille, pas dans des fioles ! Allons Elias, qu'attends-tu ? »

La femme d'Elias, qui faisait mijoter une daube en les écoutant, cingla son mari d'un simple haussement de sourcil, un tressaillement de paupière. Le gros aubergiste posa son torchon sur son épaule et respira fort. Il était de ces hommes que leurs épouses, parfois deux fois moins épaisses, intimident et dirigent au doigt et à l’œil.

« Désolé Daniel... s'excusa t-il. Tu connais la règle : la maison ne fait pas crédit de plus de dix sous, et il y en a déjà douze sur ton ardoise.

– Et bien ? Qu'est-ce que douze sous ? Est-ce que j'ai pas toujours remboursé ce que je devais ? Me traites-tu de filou ? Faut-y que j'aille jusqu'au prochain village pour boire à ma soif ? »

Elias soupira et déboucha une autre bouteille. Halguevair avait raison, il finissait toujours par payer ce qu'il devait, même s'il devait saigner l'argent du ménage. Ne pouvant pas se permettre de perdre un pilier essentiel de sa clientèle, l'aubergiste servit les deux ivrognes accoudés au comptoir, sous le regard ulcéré de sa femme.

« Ça ne me regarde pas, bien sûr, mais... Daniel... j'ai vu ton drôle, hier. Il a la peau sur les os, ce p'tit. Tu es sûr qu'il mange à sa faim ?... Et sa pauvre mère n'a pas l'air beaucoup mieux lotie. »

Le poing d'Halguevair s'abattit sur le comptoir, et du vin éclaboussa la liquette de Rilbert, qui sursauta.

« Pas tes affaires ! rugit l'ivrogne. Pas tes affaires... »

Il se radoucit, mais la colère et l'alcool coloraient son visage de zébrures cramoisies.

« Ce mouflet n'est certainement pas le mien. Il est demeuré, plus bête qu'un mulet. Tu trouves que j'ai une tête de demeuré, Elias ? Et toi, Rilbert, t'en dis quoi ? Est-ce que ce gamin me ressemble ?

– Il est bien poli et gentil, en tout cas, ce môme, répondit Rilbert. Alors t'as raison, c'est p't-être pas le tien. Allons, j'ai pitié de c't ivrogne : quand son godet sera vide, remets-lui ça, Elias, c'est pour moi. Profitons des fruits d'la nature avant que la Bouverie ne nous enlève ce dernier p'tit plaisir. »

Le visage du taulier s'assombrit : « Le jour où l'Église va interdire l'alcool, je n'ai plus qu'à mettre la clé sous la porte et à envoyer ma femme aux champs.

– On devrait s'en faire des réserves, pourtant, dit Rilbert. J'ai ouï dire que le Magistère voudrait interdire tout ce qui peut détourner les bouvillons de la r'ligion officielle. Et j'dois dire que l'vin et la bière, et pis la p'tite prune... ben ils m'en détournent sacrement ! Hein qu'ça fait de nous de mauvais croyants, Daniel ! » conclut-il en donnant une tape dans le dos d'Halguevair.

La conversation aurait peut-être tourné à l'empoignade si, en ce moment précis, la porte de la taverne ne s'était ouverte violemment, poussée par une bourrasque de vent glacé. Une silhouette grêle s'encadra dans l'ouverture. Une splendide jeune femme referma la porte derrière elle et s'avança jusqu'au comptoir d'une démarche souple et assurée, comme si elle avait été une habituée des lieux, tandis que les trois mâles restaient tellement abasourdis par cette apparition aux courbes affolantes qu'ils en oublièrent aussitôt leurs chicanes de soiffards. L'étrangère laissa tomber un lourd sac de bure usé à ses pieds, avec un soupir de soulagement.

« Hé là, bien le bonsoir, que peut-on pour vous, jeune demoiselle ? finit par lâcher Elias, qui semblait avoir recouvert l'usage de la parole. Le gîte et le couvert ? »

Mâchoires pendantes, langues collées au palais, Rilbert et Halguevair détaillaient sans vergogne l'arrivante. Elle n'était pas de Trinfle, ni des villages des environs. Elle portait une tunique râpée, d'un rouge terne, ajustée au moyen d'un cordon, un plastron de cuir bouilli, une cape de laine noire doublée de cuir et un chaperon rabattu sur son visage hautain. Une gibecière bien garnie était visible sous sa cape. Cependant, le détail qui sidéra le plus les buveurs fut la faux de guerre qu'elle tenait à l'envers et se servait comme d'un bâton de marche. La lame de son arme, couverte d'échancrures, au fil émoussé, indiquait qu'elle avait fauché bien des choses.

« Une chambre, un bain et un repas chaud, dit la jeune femme d'une voix lasse et ténue.

– Six sous la nuit, intervint la femme d'Elias, qui était quelque peu jalouse et voyait dans toute femme joliment proportionnée une rivale potentielle. Le bain, on ne fait pas ça ici, c'est trop de travail. Pour le manger et le boire, c'est trois sous. Ma daube vient juste de finir de cuire. On vient de loin seulement pour la déguster, vous savez ça ?

– Ça ira, répondit l'étrangère, que cette information d'importance capitale ne bouleversa nullement. J'aimerais souper dès à présent, si c'est possible. Je suis épuisée et je dois repartir tôt, demain matin.

– Bien sûr. Installez-vous à une table. »

La jeune femme fit tomber sa capuche et prit place sur un banc, face à une des longues tables qui traversaient l'auberge. Dans ce décor rustique, ses longs cheveux blonds semblaient faits d'or en fusion coulant de sa nuque. C'est alors qu'ils virent tous au même moment la petite lame de métal brillante fusiforme et fichée à un anneau, qui terminait la natte cascadant jusqu'à cette croupe que l'on devinait ferme.

« Visez un peu ! s'écria Rilbert, plus fort qu'il ne l'avait voulu. Visez, messieurs... Dans ses cheveux, c'est un dard !... »

Lorsqu'elle passa à coté de lui, Elias attrapa le bras de sa femme et l'attira à lui.

« Tu as vu le dard ? chuchota l'aubergiste. Tu as vu la faux, Lanie ? C'est une Vierge de Tesdénite. Une Arpenteuse... On ne peut pas l'accepter. L'Église va les déclarer hérétiques d'un jour à l'autre. On pourrait avoir des ennuis si quelqu'un l'apprend.

– On pourrait avoir des ennuis, quand la bière et le vin seront proscrits. Mais pour l'instant, ce n'est pas encore le cas, rétorqua la femme d'Elias en se dégageant vivement. Je n'ai jamais refusé un client, quel que soit ses apparences, son appartenance ou ses convictions... du moment qu'il paye. Les Vierges de Tesdénite ne paient pas à crédit, elles, et on ne croule pas sous les clients, depuis quelques temps », ajouta t-elle en coulant un œil acéré aux deux soiffards.

Lanie servit à la jeune femme deux grosses louches de son exceptionnelle daube, accompagnées de pommes de terre, d'un quignon de pain de la veille, et d'une chopine de cidre. L'étrangère la gratifia d'un discret signe de tête et se mit à manger comme si elle avait faim. Bientôt, on n'entendit plus que le raclement de ses couverts contre l'écuelle et les respirations rauques de ces messieurs. Rilbert se pencha vers ses compagnons, tout en surveillant l'étrangère du coin de l’œil.

« J'ai ouï dire que les Vierges de Tesdénite restent pucelles jusqu'à ce qu'elles aient trouvé l'amour de leur vie. Après quoi, elles abandonnent leur... euh... "mission sacerdotale" – c'est comme ça qu'on dit pour les pâtres –, et à ce qu'y paraît, c'est qu'elles font de celui qu'elles choisissent, le plus heureux des hommes. Si vous voyez c'que je veux dire...

– Et bien moi, je préférerais essayer de fourrer ma quenelle dans un nid de frelons que dans une de ces filles, dit le gros aubergiste (les oreilles de Lanie étaient bien sûr hors de portée). Ce serait moins dangereux. Ces jouvencelles manient le faux et le dard comme ma chère femme manie son martinet.

Pfff, siffla Halguevair. Une femelle reste une femelle, avec une faux ou des aiguilles à tricoter. Regardez bien, les molles couilles, comment qu'on s'y prend pour débourrer une jument. »

Il se leva, chancela un peu – avec la dextérité propre aux boient-sans-soif, il ne renversa pas une goutte de son godet –, et alla s'asseoir face à la Vierge de Tesdénite, qui ne leva même pas la tête de sa daube et continua à se nourrir comme si de rien n'était.

« La soirée est fraîche », dit l'ivrogne en manière de présentation. L'étrangère sirota une gorgée de cidre et en profita pour lever des yeux de glace vers le balourd.

« Ce que j'veux dire, continua Halguevair, c'est qu'un édredon, ça vaut pas un corps d'homme pour vous tenir chaud par une froide nuitée d'hiver. Et donc, ce que j'veux dire par là, c'est que je m'propose pour c'te tâche, damoiselle, si l'cœur vous en dit, ch'uis tout à vous, de haut t'en bas. »

Et il se renversa en arrière, creusant l'échine et bombant la poitrine, offrant une vue plus claire de son faciès aviné. La jeune femme ne lui accorda aucune attention et héla la taulière.

« Encore, je vous prie. C'est très bon. » Lanie rougit et s'empressa de resservir sa cliente dont les charmantes manières la changeait des rustauds qu'elle servait d'habitude. Les compliments faisaient positivement fondre l'air revêche de la patronne, ce que ne semblait guère avoir compris son mari même après quinze ans de vie commune.

« Pas bavarde, huu ? fit Halguevair. Ça fait rien, c'est pas ce que je demande aux femmes. Juste qu'elles soient pas fainéantes sur les coups de reins. T'es roulée comme une statue d'albâtre, tu sais ça, fifille ?

– Tu m'importunes, lâcha la jeune femme, avant d'avaler un tronçon de carotte. Retourne à ton rouge, paysan. »

Elle voulut prendre sa chopine de cidre mais furieux, Halguevair l'en empêcha en se saisissant du récipient. La réaction de la Vierge fut immédiate. Elle abattit sa fourchette et la planta dans la table, juste à coté de la main de l'ivrogne. Halguevair se dressa, tenant toujours son godet de vin dans la main. « Espèce de sale catin ! je vais... »

Personne ne sut quel sort comptait réserver Halguevair à l'inconnue ; celle-ci se leva à son tour, sa tête décrivit un demi-cercle et elle projeta sa natte à la manière d'un fouet. Il y eut un claquement sec et un bruit de bris ; avec une incroyable précision, le dard attaché à ses cheveux pulvérisa le godet du soiffard. Le vin aspergea la chemise de bure de l'ivrogne et des éclats de poterie se fichèrent dans sa paume et la pulpe de ses doigts. Halguevair contempla un instant les gouttelettes de sang et de vin qui perlaient sur sa main, éberlué, frappé de mutisme.

L'aubergiste avait assez toléré les frasques de l'ivrogne. C'était un homme pacifique, diplomate et amène, mais que des accès de colère – des « coups de nerfs », comme il les appelait – pouvaient amener à hurler comme un putois enragé.

« Daniel Halguevair ! Que le Grand-Bouvier m'en soit témoin, cesse tes scandales ou je te donne de la semelle jusqu'à chez toi ! Et puis foutremerde ! Fiche le camp de mon établissement, misérable sac à vin, et ne reviens que quand tu auras les sous que tu me dois ! Pas avant ! »

Pendant ce temps, Rilbert ricanait tout son sou. Cette grande bouche de Halguevair, humilié par une frêle jeune femme !... La farce était fameuse ! succulente ! Il ne regrettait point d'être venu ce soir.

Halguevair recula jusqu'à la porte, manqua s'effondrer en buttant contre la patronne, et sortit sans demander son reste, tandis que, l'incident déjà oublié, la Vierge de Tesdénite reprenait le cours de son repas et quémandait poliment une autre chopine.

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