Et bon appétit, bien sûr.

Publié le par Leussain

Je ne t'ai jamais parlé de l'escalope à la crème, aux champignons et aux oignons de ma mater ? Si ?... Ah, mais je sens que tu en redemandes... que t'es resté bloqué au stade anal de la petite enfance. On te cause échelle de Bristol, vents intestinaux, fécalomes et lavements, tout de go tu te bidonnes, tu verses de rire. Même Bigard, il est trop raffiné pour tézigue. Alors voilà, je te raconte.

L'escalope à la crème, aux champignons et aux oignons, c'est un des quelques plats que réussit ma mère, et même qu'elle maîtrise à la perfection. C'est redoutable. Pas bien compliqué à faire, c'est vrai, mais chez les autres ça n'a pas le même goût. Je sais pas... elle doit glavioter dans la sauce façon Tyler Durden...

Je pourrais bouffer l'escalope de maman (si je puis dire) avec l'appétit de 36 sénégalais, et en général c'est ce que je fais, je mets à mort le plat, j'en laisse pouic, on pourrait le ranger tel quel dans le vaisselier. Seulement voilà, y a comme qui dirait des effets secondaires... des contre-indications... Ces ingrédients en apparence anodins forment une fois combinés un cocktail détonnant.

Trente minutes après ingestion, les prémices se sont ressentir. Oh, c'est rien d'autre que des tirs de sommation. Des murmures d'estomac. Un vague tiraillement du boyau. Et puis tout soudain ça rigole plus ! La tuyauterie gémit, se met en branle ! C'est la canonnade ! Le méchant barrage d'artillerie ! Verdun et Sarajevo réunis !

C'est le Signe. Le prodrome merdeux. Y a pas une seconde à perdre. D'aucuns qui les ont négligés y ont laissé leur fond de culotte... Leur chemise, même, pour les sphincters les moins vigoureux. Moi je sais qu'il y a qu'une chose à faire, c'est foncer aux cabinets. Papa est à l'intérieur, qui coule un Rodin. Je défonce la lourde, je l'expulse manu-militari... il valdingue à travers le couloir, le calbut sur les chevilles. Je m'installe. Y a tout ce qu'il faut dans les chiottes pour affronter la tempête... Les poignées pour handicapés des deux cotés, le stock de rouleaux triple épaisseur parfumé au jasmin, la bombe aérosol de cache-misère, des lingettes, la pile de « Minute » pour les cas extrêmes... du M Pokora pour l'ambiance...

Dans mon bide c'est Fukushima. Je menace d'enter en fusion, parole. Ah elle a inventé le nucléaire biologique, ma daronne. Je fissure l'atome là-dedans, c'est pas possible ! Ma panse enfle à vue d’œil. Je dilate. Suis parturient ? Suis enceint ! Du onze mois minimum, pote ! Si c'est un garçon, je l'appellerai Dieudonné ! Marburg si c'est une fille ! Et puis non, un mince filet de gaz me détrompe. Ça fleure l'oignon... Le silence après Mozart c'est encore du Mozart, mais l'oignon après digestion, c'est encore de l'oignon...

Je serre les fesses comme un premier communiant ; sifflements ! Entre la bouilloire et la cocotte-minute, ça fait ! Le chuintement lancinant de l'obus avant qu'il ne s'abatte sur la gueule du petit palestinien (ou du petit israélien, selon d'où c'est lancé) !

Mais c'est que le début ! Le pire est à venir. Je desserre les vannes. Voilà l'escalope qui s'amène, escortée de ses champignons de Paris. Dis-donc on les dirait sortis de la boîte. Cueillis du matin ! Suis sûr qu'un restau chinetoque me les reprendrait.

Ah, voilà la sauce ! Mais c'est toute la Tamise qui me sort du cul ! J'en suis tout secoué. J'ai l'anus qui ressemble à un sac à main Vuitton retourné par un vigile. Je transpire à grosses gougouttes. Je m'accroche aux barres... Je les arrache !... Qu'à cela ne tienne je plaque les paumes contre les murs à gauche et à droite. Je me crispe, je serre les mâchoires à m'en faire péter les amalgames, le palpitant s'affole, la veine cave charrie à plein régime... Tu dirais un culturiste qui essaie de battre son record de soulevé de terre, dans la position que je suis... Je veux une péridurale ! Ah je suis crucifié sur mon trône de porcelaine. Je crie « pourquoi, Père ? Je te maudis ! »... « Qu'ez' qu'y a ? » fait papa. Mais c'est pas lui que j'engueule ; c'est l'autre ! Le Tout-Puissant ! Çui qu'est omnipotent et omniscient, mais qui laisse Ses créatures dans les pires béchamels, le sadique !

Autour de moi le papier-peint à fleurs se décolle, le plâtre se délite. A la moindre étincelle, tout saute ! Ah, ça y est, mes viscères se tarissent. Ultimes borborygmes... Du Ribéry dans le texte... Vite, tirer la chasse sur ce douloureux épisode et envoyer tout ça dans la nappe phréatique.

Mais comme dans les films hollywoodiens, alors qu'on croit que tout est fini : dernier rebondissement. Une réplique ! Moi j'avais déjà rajusté mes frusques. Erreur !... La foudre tombe jamais au même endroit ?... Mes fesses ! Un 501 tout neuf, savamment sablé par un turc sous-payé qui crève d'une silicose... Ah tant pis, ça ira à Emmaüs.

On ne se méfie jamais assez de l'escalope normande, te dis-je.

 

Et bon appétit, bien sûr.

Publié dans Porte-nawak

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Freharte 18/03/2015 15:44

http://www.cinetson.org/phpBB3/viewtopic.php?p=701270#p701270

hpets 16/03/2015 18:36

c'est sûr ça envoie... belles envolées même si cela ne "vole pas haut"...;-) je repasserai avec plaisir par ici!

Freharte 08/03/2015 17:31

Chef d'œuvre absolu.
Du génie.
Ta description m'a fait voir le numéro 5 de Pollock dans tes gogues.
T'es un putain d'artiste.