Mangez-le si vous voulez.

Publié le par Leussain

Bangeourre.

Oh, je viens juste de me rendre compte que j'ai oublié de chroniquer « Mangez-le si vous voulez » de l'excellent Jean Teulé. C'est pourtant un foutu bon bouquin. Oh, attends, j'expie ! Que dis-je ! j'exfour ! je sors mon fouet à clous et je me flagelle ! Ah, ça ne suffit pas, je me lacère les testicules au cutter, je me roule dans le sel, et puis je m'immole au vinaigre balsamique, et je me touille les globes oculaires au compas et je m'enfonce des cotons tiges dans les oreilles (ça ça fait bien mal...), bref je suis tout contrit...

Mais je digresse, une fois de plus. Toi tu t'en tamponnes que j'extravague, t'as atterri sur mon blog comme un poil de cul dans un consommé royal : par erreur, porté par le mage Gougoule qui sait mieux que toi ce qui est bon pour toi. Tu veux juste savoir si ça vaut le coup de mettre cinq balles dans ce très petit court bouquin !... 144 pages seulement... Oui tu peux ! C'est pas un acte aussi pertinent qu'acheter une de mes glorieuses œuvres, mais c'est mieux que de claquer vingt boules dans 50 nuances de Gras !

Bien connu pour son humour noir de bon aloi, Jean Teulé n'aime rien tant que passer à la moulinette du roman les plus ténébreuses anecdotes de l'Histoire française, comme il l'a fait pour la vie de François Villon, poète-assassin, ou une des premières tueuses en série, Hélène Jégado, dite Fleur de Tonnerre. Cette fois, il s'attaque à une page les plus honteuses de notre histoire. En 1870, alors que la sécheresse affame le petit peuple et que la guerre contre les prussiens (ah, ces ongulés de boches, ils nous auront bien saigné en cent ans...) fait rage en Lorraine, une simple foire chez des ploucs périgourdins se meut en carnage. Alain de Monéys, jeune aristocrate de trente deux ans, venu sans doute faire ses emplettes comme tout un chacun, se voit accusé par une foule alcoolisée au vin de messe (un effet secondaire de la religion, ça rend abruti au dernier degré) d'avoir crié « Vive la République » et d'être un pro-prussien. Très vite, la situation dégénère. Dans une atmosphère de folie furieuse, l'homme se voit roué de coups, lardé par des instruments tranchants, crever les noeils, puis finalement rôti comme un cochon.

Pour clore cette joyeuse fiesta, la légende précise que certains enfants se seraient fait des tartines avec la graisse du malheureux en train de couler (c'est sans doute une grosse connerie, mais bien sûr l'auteur ne pouvait pas ne pas en parler). Ah, c'est quand même plus sain que du Nutella, de la graisse humaine ! Garanti sans huile de palme !... Enfin bon, c'est pas joli-joli, c'est tout un village perclus de haine qui a procédé au lynchage d'un homme seul, que quelques villageois seulement ont tenté d'aider.

Tu sais quoi ? Ce déchaînement de violence ne m'étonne même pas. J'en suis revenu de l'être humain moi, je lui fais plus crédit, qu'il crève de ses propres miasmes et laisse respirer la planète ! Le plus tôt sera le mieux ! Aux oubliettes de l'histoire l'être humain ! Place aux calamars géants, aux lézards, aux corbeaux, que sais-je ?!

Jean Teulé rend parfaitement compte du ridicule de la situation, de ce quiproquo qui tourne au meurtre collectif. Oh, certes, ce n'est pas l'écrivain du siècle, même si son style n'est pas dépourvu d'élégance, mais il a eu le mérite d'être le premier romancier à s'emparer de ce fait-divers atroce, survenu voici un peu plus d'un siècle à quelques kilomètres de chez moi, pour mettre en exergue, si le besoin en est encore, la connerie fondamentale inscrite dans notre race de sales connards.

Publié dans critique livre

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article