Guignol's Band I et II.

Publié le par Leussain

Guignol's Band I et II.

Je crois l'avoir dit à maintes reprise sur ce blog, je suis un laudateur de LF Céline. Ce mec il a pris une langue sclérosée, figée dans sa graisse, il l'a retournée et l'a fait jouir comme elle n'avait plus joui depuis Rabelais. Il a appliqué au style le bon mot d'Alexandre Dumas : "Quitte à enculer la littérature, autant la faire crier." Ou quelque chose comme ça...

J'ai pas tout lu de Céline, loin s'en faut. Il a pas une œuvre extrêmement prolifique, le salaud magnifique, mais chaque fois c'est des pavés à vous assommer un CRS. Guignol's Band I et II, par exemple, c'est plus de 700 pages de logorrhée ininterrompue imprimée menue-menue. Faut aimer souffrir... de quoi s'arracher la cornée... A croire que Céline était payé au signe ou au kilo de faf quand il rendait ses manuscrits. Remarque, moi j'ai rien contre les pavés, du moment qu'il y a de la densité, qu'il y a la carotte qui te tire toujours jusqu'à la dernière page. Granit oui, éponge non ! Et puis dans un sac à main de gonzesse, ça peut toujours servir à estourbir un agresseur. Baudrillard plus fort que le Krav-Maga ! Céline mieux que le pancrace !

Mais Guignol's Band I et II, j'en suis désolé, sont deux mauvais romans, qui par bonheur comptent pour un seul. Si tu veux mon avis, et si tu n'en veux pas je te le donne quand même, Guignol's Band c'est rien que de la fumisterie, du dégueulis d'écrivain imbu de son propre génie. Parce que le génie, tout de même, on peut pas lui enlever, pas plus qu'à Marc Lévy on peut lui rajouter, c'est même pour ça que moi, Luchini et les autres on lui passe bien gentiment ses fâcheux débordements emportements pendant la seconde guerre mondiale qui lui ont valu des ennuis (et puis bon, les pamphlets antisémites ont quand même fait moins de dégâts à la littérature que les œuvres de Marc Lévy).

Là il radote Céline comme un petit vioque égrotant, il délaye une intrigue fine comme un poil de zobe, vaguement autobiographique... va démêler le vrai du faux... son passage dans le Londres sous les bombes lâchées par les zeppelins, dans le milieu interlope des putes et des souteneurs... Une fiesta est décrite sur 50 pages, une rencontre avec un des guignols pendant 50 autres, un coup de gueule chasse l'autre, s'éternise durant 15 pages... J'en voyais pas la fin de ces salades. S'il avait pas été écrit avec un style brillant, je lui aurais fait subir un petit autodafé façon Boko-Haram... C'est en vérité très creux. Enflé. Céline n'a rien à dire même s'il le dit bien. Ni sur la guerre qui fait rage et dont il revient, ni sur lui-même. Pas d'émotion, hormis pour la fillette de quatorze ans dont il s'amourache et qu'il met en cloque. Ah si !... et puis pour les grands fleuves majestueux et les bateaux, là il devient lyrique, et abstrus !... Sa prose n'est déjà pas un modèle de limpidité, mais quand un petit bateau passe par là, ça devient difficile à dépatouiller.

Ah, je te le dis, Céline je suis pas prêt de m'y replonger. Mouais... c'est toujours ce qu'on dit après une bonne cuite ou un p'tit génocide : plus jamais ça ! Et puis on y revient toujours.

La nouille.

Publié dans critique livre

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