Charmantes handicapées.

Publié le par Leussain

Bangeourre.

Ca m'a frappé un jour où je m'évertuais à enfiler des godasses en cuir neuves. Le cuir, quand c'est bien usé et assoupli par des milliers de mouvements et des litres de sueur, c'est comme une seconde peau, ça devient du vélin, mais quand ça n'a connu que la bête à cornes qui était en dessous, c'est un vrai carcan. C'est comme si cette peau qui n'était pas à toi renâclait à se faire porter par quelqu'un d'autre. Et donc, j'essayais d'enfiler mes petits petons dans des grosses chaussures montantes de bûcheron absolument neuves, avec toutes les peines du monde à les y faire entrer. J'avais adopté la technique qui consiste à piétiner la godasse jusqu'à ce que, lassée, elle consente à vous accueillir ; dressé sur la pointe des pieds, les talons à six centimètres du sol, je faisais pour la troisième fois le tour de mon sofa.

Sans y penser, j'avais adopté une démarche féminine, voire de travelo brésilien. Les genoux en avant, cambré comme un cintre, le cul en boule de remorque, tout le poids reposant sur les mollets flageolants, voilà. Ce que je devais avoir l'air tarte, et handicapé avec ça. Les femmes, juchées sur ces talons hauts qui compensent un peu leur infériorité (dimensionnelle, cela va de soi) et leur confèrent ce capiteux frétillement du croupion qui leur attire tant de mains au cul, des mains qui sans cela resteraient sagement au fond des poches à gratter des burnes, cette démarche unique et inénarrable dans le monde animal, pas même égalée par celle de la maman pingouin, cette démarche, dis-je, n'est autre que la démarche gauche et empruntée d'handicapées volontaires ! Lâche une gonzesse en escarpins au milieu d'une rue pavée, et vise un peu le ballet comique ; ça bringuebale, ça chancèle pire que Jacques, ça tremblote comme des œufs en gelée dans une jeep, elle est en détresse la femelle de l'homme, elle s'en tamponne de l'égalité des sexes, elle cherche une main secourable, une épaule virile, parce qu'elle risque l'écroulement sur le pavé, l'écoulement ! le méchant pétage de cheville frôlé par la Vilaine Fermière, c'est une gosse afghane paumée au milieu d'un champ de mine ! C'est Bambi qui vient de naître et qui tient pas sur ses frêles guibolles ! Son centre de gravité est tout faussé, la terre la veut, la terre l'aura, parce que la femme a cru pouvoir jouer les équilibristes sur deux centimètres carrés de godasse.

Enfin mesdames, si le bon-dieu-allah-est-grand vous avait voulu ainsi, il vous aurait collé ce qu'il faut sous les panards. Marcher commak, comme sur des charbons ardents, c'est pas naturel, c'est comme la sodomie c'est contre-nature, les imams et les papes vous le diront !... L'être humain -- oui oui vous en êtes -- c'est fait pour rester bien droit et vertical la plupart du temps, ou carrément horizontal. Mais plié en accordéon, je vous demande un peu ? Ca non. Tu t'imagines chasser le gros mammouth laineux en talons aiguilles ? Non, hein ? De toute façon à cette époque c'était déjà pépère qui ramenait la pitance. Et crois-tu que sur tes échasses tu aurais eu la moindre chance d'échapper au terrible tigre à dents de sabre ? Peau de balle !

Ah, charmantes handicapées ! Pour vos lettres d'insultes, envoyez-les plutôt à Alain Soral, qui s'en fera des cocottes en papier et les mérite plus que moi.

Publié dans Porte-nawak

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