Le roi des aulnes.

Publié le par Leussain

Bangeourre.

Chauffé à blanc par "Vendredi ou les limbes du pacifique", foutu chef d'œuvre qui avait fait l'effet d'une pilule de viagra sur moin cerveau sous-alimenté en produits culturels de qualité, je me suis jeté sur "le roi des Aulnes", du même Michel Tournier, lauréat du prix Goncourt 1970, comme un Biafra sur un steak. Mes attentes ont été récompensées au delà du raisonnable. Tournier signe une fois de plus un roman foisonnant et extrêmement érudit dans lequel la femme est quasiment absente ou rapidement évoquée. Tu me diras, ça nous repose...

Ce récit pétri de philosophie -- je rappelle que Tournier est philosophe de "formation", bien que j'exècre ce terme pour parler de cette discipline... comme si il fallait une formation pour être amoureux ou pacifiste -- ce récit, donc, narre l'épopée d'Abel Tiffauges (le domaine de Tiffauges était le fief du tristement célèbre Gilles de Rais), de son enfance au sein d'un pensionnat de garçons où sa personnalité de gros taré va éclore, jusqu'à son enrôlement forcé dans l'armée française en 1939, puis sa déportation en Prusse orientale, d'abord en tant que prisonnier de guerre, puis façon Eric Zemmour, en tant que, disons-le carrément, collabo sans vergogne qui bouffe à tous les râteliers.

Initié à leur lecture dès son enfance par un camarade joufflu et pervers (dont le prénom, Nestor, est à chercher du coté de la bible), Abel voit dans les moindres aspects de son existence des signes le portant vers un destin grandiose. C'est une sorte de Michael Vendetta microgénitomorphe qui aurait plus de dix mots à son vocabulaire, quoi. Ce qui fait rapidement du héros un personnage inquiétant et malsain, c'est son irrésistible attirance pour les enfants et ses réflexions à leur sujet consignée dans ses "Ecrits Sinistres".

Car Abel Tiffauges est un pédophile, dans son acception la moins courante du terme mais la plus littérale (pédophile : qui aime les enfants). Bien que ce géant d'un mètre quatre-vingt-dix ne soit poussé par aucune pulsion sexuelle, son attitude et ses étranges pensées n'ont de cesse de provoquer le malaise, et on tourne la dernière page du roman sans avoir pu déterminer clairement si "l'ogre de Rominten" est un salopard déviant qui se ment à lui-même ou le véritable protecteur des enfants.

Tout de même, j'avais déjà dans "Vendredi" remarqué quelques relents nauséabonds camouflés par un développement et un style brillant, ainsi qu'on peut déceler l'antisémitisme primaire de Céline dès le début de son œuvre. Cependant, comme j'ai tendance à penser que le talent amende à peu près toutes les outrances de langage (et je ne suis pas le seul ; regarde de quelle manière MJ, grand suceur de queues nubiles devant l'éternel, a été canonisé dans l'opinion publique depuis qu'il a fait une indigestion d'anesthésique), je ne lui en tiens pas rigueur.

Parce que du talent, il en a à revendre, le père Tournier. Si on pouvait mettre en baril l'excédent, je connais quelques auteurs qui feraient bien de lui racheter. A coté, la prose du gazier Modiano, prix Nobel de littérature tout frais émoulu, ressemble à une rédac poussive d'élève de quatrième !... J'ai pas d'actions chez Tournier, je dis ce qui est. Fais-toi ta propre idée, et pense à te munir d'un solide dico avant de t'aventurer dans la jungle touffue du Roi des Aulnes, ça te sera aussi utile qu'une machette en forêt équatoriale ou du lubrifiant anal dans l'arrière-chambre du bar gay où tu as tes habitudes. Moi, j'ai sorti le mien à peu près toutes les cinq minutes. Mon dico, fleur de nave ! pas mon lubrifiant !...

Je terminerai ce dithyrambe par le commentaire laconique d'un consommateur amazonien qui a laissé sur l'œuvre cet avis, certes excessif, mais qui dit bien quel effet peut produire ce bouquin : Top 10. Pour sauver ce genre de livres, je crois que je pourrais mourir. Et avant de mourir, hé bien, je lirai tout Tournier.

Autre chose. J'ai aussi tenté de lire un petit fascicule : Eloge de la fessée, de Jacques Serguine. Rapidement convaincu de sa totale absence d'intérêt, tant littéraire qu'érotique, échaudé par un style atroce et faussement érudit (je ne déteste rien tant que les auteurs parkinsoniens qui te collent des virgules partout), je n'ai pu dépasser les deux tiers de cet essai ampoulé sur la fessée (sa race, elle est pas belle mon allitération en é ?). Poubelle jaune, avec les prospectus publicitaires et les rouleaux de PQ.

Autre chose encore : Aziliz ou les filleuls de l'Ankou, de Ricardo Montserrat. Voici ce que j'appelle un véritable écrivain. A l'heure où un français sur six croit que sa petite vie de merde mérite d'être racontée, voici un artisan qui a compris qu'écrire n'est pas seulement poser un mot devant l'autre. Bien que l'histoire (d'amour charnel entre un frère et une sœur, tout de même) soit assez mièvre et décousue, et que pas mal de poncifs autour de la Bretagne soient distillés au fil des pages, je me suis laissé prendre par l'atmosphère surréaliste de ce roman. L'auteur a tout de même une sacrément belle plume et pose sur le papier quelques fulgurances de style que je te recopierais bien ici si j'étais pas un foutu flemmard. A lire comme on déguste un bon pinard.

Publié dans critique livre

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nanou 26/10/2014 08:34

Dire d un écrivain qu il est artisan, c'est beau Fred.... Putain t'as failli me faire pleurer.....