Dans les profondeurs de l'auteur.

Publié le par Leussain

Bangeourre.

Aujourd'hui, je voudrais t'introduire (non, attends avant de baisser ton froc et frétiller du croupion) dans un esprit raffiné, le mien, au travers de mes gribouillages hiératiques, et révéler pour toi rien de moins que les secrets du processus de défécation création littéraire. J'utilise donc pour coucher le premier jet d'un roman ou d'une nouvelle, et même la première version de cet article, un bon vieux stylo BIC -- sur le premier scan, je n'avais plus qu'un stylo rouge -- ainsi qu'un cahier de brouillon premier prix, qui remplissent à merveille ce que le leur demande : consigner la sanie qui tournoie dans ma tête.

Tu vois, contrairement à la sculpture, à la peinture ou au cinéma, l'écriture ne nécessite qu'un matériel spartiate. C'est pour cela qu'ainsi qu'un gamin de bidonville voit un exutoire dans un simple ballon et une possible façon de s'élever au dessus de sa condition, quelques uns des plus grands écrivains ont grandi et ont rédigé leurs plus belles œuvres dans l'indigence et la misère. Un bouquin coûte plus cher à l'achat qu'à l'écriture. Bon, je ne vais pas te la jouer Cosette ; une fois mon premier jet déposé sur papier, je joue les moines copistes avec un ordinateur, puis toutes les corrections qui suivent se déroulent installé devant un clavier. Mais l'âme et le sel du roman sont déjà en priorité imprégnés dans la cellulose. Mystique, hein ? Antoine Blondin, auteur du roman "Un singe en hiver" dont a été tiré le film éponyme, se passait de machine à écrire ; il n'écrivait que dans des carnets. Personnellement, j'aurais sans doute fait la même chose, jusqu'à l'invention des traitements de texte qui ont sensiblement facilité la vie de l'écrivain en herbe.

Depuis mon premier roman, j'ai pris l'habitude d'acheter un petit carnet que je trimballe toujours sur moi, parce que l'inspiration, c'est comme l'envie de chier, parfois ça ne prévient pas et ça ne demande qu'à sortir. Dans ce carnet, je note les noms de personnages, certaines de leurs caractéristiques les plus marquantes, les lieux, les idées en vrac, les concepts, ainsi que, spécialement pour mon roman médiéval-fantastique en cours, les singularités de l'univers que je décris.

Certains écrivains n'ont rien de besoin de noter, tout le bazar est bien rangé dans leur tête. Ceux-là, les fées se sont penchées sur leur berceau et continuent depuis à leur tailler des pompiers... Parce que moi qui ne mange ni poisson, ni aucun fruits de la mer, (parce que je trouve que ça sent les urinoirs publics, et quand des gens se délectent d'un plateau océanique dans la même pièce que moi, j'ai comme l'impression de faire des fumigations au dessus d'une pissotière), moi j'ai plus ou moins la mémoire d'un poisson rouge.

Et donc, de par le fait, je souffre probablement d'une carence en magnésium -- que je compense en m'enfilant du Kinder par injection orale --, le minéral de la mémoire, et ça c'est pas de la blague. Demande à mon entourage si j'ai pas comme un problème avec les dates... Ce carnet est donc pour moi salutaire, et il m'arrive de me relever alors que je sombre dans l'état comateux qui précède le sommeil, pour aller noter un nom, une idée, une réplique de dialogue qui vient de me traverser, trop conscient que si je ne le fais pas, je l'aurais oubliée à mon réveil.

Au revoir.

Dans les profondeurs de l'auteur.
Dans les profondeurs de l'auteur.

Publié dans autour de l'écriture

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